Quel intérêt pour les acteurs du patrimoine ? PDF Imprimer Envoyer

Beaucoup de techniques présentées dans cette étude ne sont pas nouvelles, même si elles sont en constant développement et encore en pleine mutation. L’aspect réellement nouveau est qu’elles sont de plus en plus répandues et accessibles et qu’elles sont utilisées dans de très nombreux domaines. Elles sont ainsi devenues des solutions séduisantes et à la portée des acteurs du patrimoine. Cependant, il faut aussi qu’elles soient utiles et pertinentes.

Cette étude concerne uniquement la valorisation du patrimoine sur Internet, mais il me semble important de présenter brièvement les divers avantages que les technologies qui nous intéressent peuvent avoir pour les acteurs du patrimoine.

La numérisation du patrimoine présente en effet trois intérêts principaux : l’étude, la conservation et la diffusion.

Etudier

Cet aspect concerne principalement les techniques de numérisation et de modélisation 3D. En effet, la photographie 360° est une technique plus facile à utiliser et qui demande moins de travail que les projets de réalisations en trois dimensions. Elle présente donc moins d’intérêt pour l’étude de l’édifice ou de l’objet photographié au moment de la réalisation. Elle n’en est cependant pas totalement dépourvue et peut être utile en tant que « copie » qui permet d’avoir une vision d’ensemble d’un élément sans être sur place.

Les technologies de la 3D présentent un intérêt plus poussé et de nombreux projets de recherche ont entrepris de scanner des sites historiques et des objets à des fins documentaires et d'analyses ou ont travaillé à la restitution d’édifices aujourd’hui disparus pour en avoir une meilleure compréhension.

  • La numérisation 3D peut être utilisée en complément d’autres techniques telles que la radiographie d’œuvre, la photographie infrarouge, etc. Elle fournit des informations uniques qui peuvent être utiles aux historiens et aux conservateurs pour leurs travaux.
  • Dans le cas de monuments disparus, la modélisation demande un travail de recherche très important. Le projet est donc basé sur une étude approfondie. Si, par manque de données, la restitution est faîte à partir d’hypothèses, la représentation en 3D peut mettre en évidence des incohérences ou des impossibilités et aider à la réflexion. Le modèle peut ainsi servir à simuler des hypothèses et à vérifier leur validité. Ce travail peut également permettre de voir l’évolution de l’édifice en le reconstituant à des époques différentes.
  • La réalisation d’un modèle 3D permet aussi de visualiser les éléments sous une nouvelle forme et peut être une réelle valeur ajoutée pour la compréhension de l’objet recréé. Celui-ci peut par exemple être observé depuis différents angles, de très près ou de plus loin pour avoir une vue globale de l’environnement, pendant une durée très longue alors que cela est parfois impossible sur le lieu physique, etc.
  • Il est également possible de simuler les évolutions, les transformations, l’impact des éléments naturels grâce à certains programmes. Le modèle 3D devient alors un véritable outil de recherche et d’expérimentations.

Pour que les modèles 3D, les « copies numériques », soient réellement intéressants comme support d’étude, ils doivent être d’une qualité et d’une fidélité suffisantes. Sans cela, ils ne peuvent pas être exploités.

Conserver

Selon Livio de Luca dans son ouvrage La photomodélisation architecturale, « depuis son invention, la photographie a toujours été considérée comme une solution pour l’enregistrement du réel ». Elle est en effet un support remarquable pour étudier les surfaces, les formes, les proportions, etc. Elle permet de fixer l'état d'un lieu, d'un édifice ou de tout autre élément, à un moment donné.

L’évolution des technologies vient compléter cette caractéristique : les photographies 360° et la 3D ont ainsi la particularité d'offrir une vision plus globale et  elles permettent de reproduire une perception de l'espace proche de la réalité. Ce travail de copie ou de reconstitution permet ainsi de conserver l’élément concerné.

Certains projets de numérisation du patrimoine sont lancés avec la conservation comme objectif premier : des copies numériques sont parfois réalisées en prévision de la disparition de l’original. Cela a par exemple été le cas pour l’ancien Casino d’Aix-en-Provence, dont la maquette 3D a été réalisée pour sauvegarder l’édifice malgré sa démolition programmée.

Autre exemple, de plus grande envergure : en 1999, l’Institut de technologie de l’information du Conseil National des recherches du Canada a travaillé en collaboration avec divers acteurs, dont la Fondation canadienne de préservation des trésors culturels et historiques chinois  et l’administration étatique du patrimoine culturel chinois sur un projet de numérisation des sites archéologiques dans la zone du barrage des Trois-Gorges en Chine. En effet, la construction d’un barrage hydroélectrique allait entraîner la submersion de 800 à 1000 sites archéologiques et historiques. La numérisation en trois dimensions de certains sites a donc été un véritable défi (source).

Il est également possible de lancer un programme de numérisation du patrimoine pour fixer l’état actuel d’un édifice sur lequel on pourra se baser pour de futurs travaux de restauration. Les données recueillies peuvent servir de base à la gestion des travaux et à la restauration en fournissant des informations essentielles sur la localisation, l’évolution des altérations, les mesures exactes, etc. La photomodélisation permet par exemple de documenter l’état actuel d’un édifice et « ceci est important pour analyser l’état de conservation et dans certains cas pour conserver une trace de son état avant restauration » (1).

Lorsque la restauration n’est pas envisageable, la restauration virtuelle peut être intéressante. Il est ainsi possible d’utiliser la copie virtuelle pour faire un travail de restauration. Des couleurs passées peuvent être ravivées, des gravures effacées par le temps peuvent être rendues visibles, des éléments ajoutés à diverses époques peuvent être retirés, etc.

Diffuser

Les projets de numérisation ne sont pas forcément lancés dans un but de diffusion. Les données récoltées peuvent avoir une utilisation limitée à l’étude et la conservation. La création de dispositifs de diffusion pour le public est toutefois un aspect fondamental de la numérisation. Les photographies ou les modèles 3D peuvent être intégrés dans les présentations, des expositions ou des visites virtuelles. Ces dispositifs peuvent avoir deux objectifs principaux :

  • La valorisation culturelle : les applications, qu’elles soient in situ ou en ligne, permettent de mettre en valeur des éléments du patrimoine, de les placer au cœur de l’attention et d’y apporter un nouveau regard.

La diffusion en ligne offre l’avantage incontestable de rendre les informations accessibles à un public très large. Des individus du monde entier peuvent parcourir les lieux virtuellement, quand ils le veulent.

La valorisation multimédia apporte une nouvelle dynamique au lieu, un nouveau mode d’accès. Une visite virtuelle :

    • Capte l’attention du visiteur en étant plus innovante et ludique que de simples textes accompagnés d’illustrations,
    • Fait découvrir ou redécouvrir un lieu, attise la curiosité, donne envie de venir le visiter,
    • Met en valeur le lieu en le montrant sous un nouveau jour et en soulignant son dynamisme.
  • La médiation pédagogique : les applications sont également des supports de médiation pédagogique très intéressants. Elles servent de portail à la découverte de contenus : les images elles-mêmes (la restitution en 3D d’un édifice disparu contribue à sa représentation dans l’esprit des individus et mène à une meilleure compréhension), mais aussi toutes les informations et les documents qui peuvent y être liés. L’interactivité et l’aspect ludique de ces applications sont des éléments qui favorisent la médiation. L’application devient un outil primordial pour la transmission des connaissances.

Exemple : la visite virtuelle de la Cathédrale de Meaux a été conçue comme un outil pédagogique et contient plusieurs petits jeux pour que les élèves découvrent l’architecture gothique en s’amusant.

(1) DE LUCA Livio. La photomodélisation architecturale. Editions Eyrolles. Paris, 2009, 263p. ISBN 978-2-212-12524-5.

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